Le volcan Cotopaxi

Trois semaines que nous avions prévue cette ascension, la plus difficile de notre périple en Equateur. Nous n’allons pas faire durer le suspens, nous n’avons pas réussi à atteindre le sommet, qui culmine à 5900m. Notre déception a été égale aux douleurs et souffrances endurées malgré l’échec. Mais, avec les heures qui passent, nous réalisons que nous pouvons être fier de nous malgré tout. On vous raconte !

Tout d’abord nous arrivons sur un parking situé à environ 45mn à pied du refuge où nous allons devoir passer la nuit avec le petit groupe qui nous accompagne (8 personnes et 4 guides). La première rencontre nous étonne énormément : un couple de mammifère que l’on apparente, à raison, au renard

Renard de Magellan (Lycalopex culpaeus)

Renard de Magellan (Lycalopex culpaeus)

(un renard plus gros qu’un chien de bonne taille !). Mais hélas pas le temps de bien les observer, car les guides nous invitent immédiatement à attaquer la petite ascension vers le refuge. Petite mais on est tout de suite dans le bain : environ 300m de dénivelé pour arriver au refuge, sachant que le parking est  … à l’altitude du Mont blanc !

On attaque la montée chargés de nos sacs bourrés de l’équipement qui nous servira à gravir « le monstre » cette nuit. Nous avons fait une pause un peu avant afin d’enfiler des pantalons (un chaud et un étanche) ainsi que nos chaussures de glacier, qui sont très proches, pour ceux qui ne connaissent pas, des chaussures de skis. Et là, première rencontre entre nos membres et l’altitude : le poids de l’équipement, allié au froid, nous fatiguent énormément. Mais il en faut plus pour nous faire perdre le sourire et nous décourager face au défis de la nuit suivante !

Montée vers le refuge

Montée vers le refuge

Là, on fait encore les malins ...

Là, on fait encore les malins …

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous voilà arrivés au refuge, non sans un peu de fatigue et de sueur, et on réalise immédiatement où l’on met les pieds :

Le refuge, plus haut que le Mont Blanc

Le refuge, plus haut que le Mont Blanc

L’endroit est spartiate (« c’est un refuge », me rappelle Emilie), non chauffé mais avec des dortoirs confortables.

Thé, chips et tartine de popcorn !

Thé, chips et sandwichs de popcorn !

Avant de partir à l’entrainement sur une langue du glacier, nous avons le droit à une petite collation avec le groupe afin de se réchauffer et de prendre quelques forces.

Puis nous partons pour une marche de 45 mn en direction d’une bande de glace sur laquelle nous avons pu tester nos piolets et nos crampons, et surtout apprendre les bases d’utilisation de ces deux derniers. C’est assez simple et nous sommes alors tous confiants quand à la réalisation de notre objectif commun : gravir le deuxième plus haut sommet de l’Equateur.

Le groupe après l'entrainement

Le groupe après l’entrainement

Nous rentrons au refuge pour le diner, servi à 18h par nos guides, car le rendez-vous le lendemain pour le petit déjeuner est fixé à minuit, pour un départ à 1h au plus tard. Et c’est bien entendu pendant cette « longue nuit » que les ennuis vont commencer. Emilie et moi ne fermons pas l’oeil, plus à cause du mal des montagnes qui nous colle une migraine à se taper la tête contre les murs que du bruit incessant qui habite le refuge. Nous nous levons finalement vers 23h15 pour prendre un bon Spedifen et manger du sucre brun, parait-il bon pour ce genre de chose. Nous préparons nos affaires et descendons pour le petit déjeuner. Nous découvrons alors que nous ne sommes pas si mal que cela, d’une parce que notre automédication alliée à un bon thé de coca nous remettent un peu d’aplomb, et de deux car le premier abandon frappe le groupe, une fille souffre tellement qu’elle ne peut pas se lever et un mec est au bord du renoncement pour les mêmes raisons. On se motive avec les valides restant et on part à l’attaque du volcan, avec un seul objectif, atteindre le sommet et dominer le cratère.

La première heure de marche pour atteindre le glacier se passe bien. Nous sommes quatre à peu près sur le même rythme et arrivons gonflés à bloc sur le glacier. Problème : un guide ne peut accompagner que 2

Vérification des crampons

Vérification des crampons

personnes, et nous devons attendre qu’un autre  guide nous rejoigne. Pas grave, on garde le moral et nous nous équipons.

Il est un peu plus de 2h, un guide arrive et nous nous séparons en deux groupes de deux (les autres étaient déjà loin) pour attaquer l’ascension du glacier. Tout de suite le groupe des américains (un gars, une fille, environ 25 ans) se détachent, leur guide imprimant un rythme plus soutenu que le notre, ce qui n’est pas pour nous déplaire tant l’effort est déjà important. Nous sommes à 5000m et n’avons déjà plus que 50% d’oxygène par rapport à ce dont nos poumons peuvent se délecter au niveau de la mer. Chaque pas, qui plus dans la neige, encordé et avec le piolet, nous rappelle à notre condition physique « moyenne ».

L’ascension ne peut durer plus de 7h sous peine d’avoir ensuite des soucis de qualité de neige pour redescendre (avec la fatigue en plus cela devient alors dangereux). Nous donnons réellement tout ce que nous pouvons mais n’avançons pas vite. Notre nuit blanche y est peut-être pour quelque chose mais ce n’est pas tout : l’effort est violent, entre sauts de crevasses, alpinisme au piolet, descentes en rappel et pentes à plus de 45°. Vers 5h, le coup de massue tombe : notre guide nous dit que nous sommes en retard et que nous ne pourrons certainement pas arriver au sommet. C’est le coup de trop. Notre seul moteur, la tête, se vrille. Chaque pas devient plus difficile, alors que nous devrions accélérer, les pauses sont de plus en plus nombreuses et nécessaires. Nous décidons de nous accrocher tout de même et de continuer malgré tout, mais de savoir que nous ne pourrons arriver au sommet rend l’effort et la souffrance plus difficilement justifiable. A 6h30, alors que nous sommes réellement épuisés, que nous avons déjà dépassé nos limites, le guide nous dit qu’il reste au moins 2h30 d’ascension à ce rythme, et que, définitivement, nous ne verrons pas le sommet. Qui plus est il nous conseille de faire demi tour tout de suite car, vu notre état, la descente risque déjà d’être difficile et de prendre 2h. Nous sommes dégoutés mais ne pouvons faire un pas de plus, surtout que nous sommes dans un mur dans lequel nous nous arrêtons tous les 10m. Et que nous ne voyons plus personne ni au-dessus ni en-dessous. A la place d’une photo triomphale au sommet, nous n’avons que ça :

Malgré les sourires, c'est l'abandon

Malgré les sourires, c’est l’abandon

Mais le guide avait raison. Nous ne savons pas si c’est le physique qui a lâché ou si c’est le fait de ne pas avoir atteint notre objectif qui nous a mis un coup au moral, mais la descente a été un enfer. Chutes (sans gravité), difficultés à trouver un second souffle, douleurs de partout … Bref, dur dur …

Il parait que 50% des gens seulement voient le sommet, que ce soit à cause du physique ou de la météo. Sur notre groupe de 8, seul nos américains ont sauvé l’honneur sur les 7 partants du matin. Après la déception et la douleur, nous arrivons tout de même à positiver en nous disant que l’expérience, bien que violente, nous a permis de nous coucher sur un glacier pour faire une photo à 5550m d’altitude, ce qui n’est déjà pas rien.

Vue sur la parc du Cotopaxi depuis le glacier

Vue sur la parc du Cotopaxi depuis le glacier

Et puis bien sûr, il ne faut pas oublier que même si nous n’avons pas vu le sommet, le paysage dans lequel nous avons évolué était magnifique !

Levé de soleil sur la vallée

Lever de soleil sur la vallée

 

 

Les petites crevasses du glacier

Les petites crevasses du glacier

 

 

 

 

 

 

 

Panorama avec vue sur Quito au lever du jour

Panorama avec vue sur Quito au lever du jour

11 Responses so far.

  1. Manu dit :

    Bravo à vous car si vous n’êtes pas allé au bout, l’effort est déjà magnifique, ainsi que les quelques photos postées.
    Grosses bises, et bonne récupération.
    Manu

  2. BILLEREY dit :

    Félicitations à vous, c’est super ce que vous avez fait, vous pouvez être fiers de vous. Merci aussi de nous faire voyager et rêver au travers d’une super narration et de belles photos.
    Gros bisous et bonne continuation…
    Nadine et Gérard

    • Jean-François Legrand dit :

      Merci à vous deux pour votre commentaire et vos encouragements, cela nous apporte beaucoup de réconfort. Demain, nous partons aux Galapagos et nous espérons poster de belles photos encore.
      Gros gros bisous, j’espère que toute la famille va bien.
      Emilie et Jeff

  3. bibi et guyguy dit :

    BRAVO les champions !
    Vous pouvez être fiers de vous, et nous, nous le sommes.
    Quelle performance sportive, physique et morale !
    Mais aussi, quel bonheur ! Merci à vous de nous faire partager ces moments intenses et ces magnifiques photos. Vous nous donnez envie de le faire un jour, qui sait !
    5550 mètres d’altitude avec les conditions rencontrées, c’est une performance, alors ne soyez pas déçus.
    Allez, maintenant un peu de repos bien mérité.
    Bonne récupération ! Plein de gros gros bisous. Bibi et Guy

    • Jean-François Legrand dit :

      Merci à tous les 2 !! La déception passée et avec du recul, nous sommes contents d’être arrivés à cette altitude car nous ne pensions pas que l’effort était si intense.
      Pleins de gros bisous. A très bientôt.

  4. Debo dit :

    Coucou mes amours
    On a eu aussi un record à la maison cette semaine : Hillel s’est retourné \o/ il n’a pas reussi tout de suite à revenir sur le dos, mais chaque jour il progresse de quelques millimetres, et chaque jour ca lui coûte un acharnement et une volonté de fer, de la frustration et puis de l’echantement quand ses efforts ont à nouveau porté leurs fruits. Alors faites comme lui, gardez le moral ;)

    Y a des oiseaux ou des animaux style rongeur ou autre à part des renards sur le Cotopaxi ?

    • Jean-François Legrand dit :

      Excellent ! Merci de nous faire partager cela car on va en rater pas mal … Pour répondre à ta question il y a beaucoup d’autres animaux dans le parc du Cotopaxi mais nous n’avons fait que le traverser pour accéder au refuge, nous ne les avons donc pas vu. Le plus emblématique est le Condor, mais il n’y en reste que peu et nous étions trop haut pour pouvoir les observer. Pleins de gros bisous à toute la troupe !

  5. Les4aas dit :

    C magnifique! Quelle belle experience! Merci de nous faire partager ces beaux moments et photos, en plus pour nous tout benef: aucun souci de souffle, mal au ventre, chutes, sommeil…. :-)
    Vous pouvez etre fiers de vous! Bonne continuation, on vous embrassse tres fort, a bientot.

  6. Raph dit :

    C’est pas le sommet qui compte, enfin si un peu mais pas que !
    Il y a l’effort fournit et l’expérience vécue et ça restera un pur souvenir. Les crampes et la douleur ça passe !
    Profitez bien les zamis !

    PS : Nous on a bien réussit l’ascension du point culminant de Thaïlande, nous au moins on est des alpinistes, des vrais qui grimpent à 2.500 m !
    La marque des nos crampons ? Honda 125 Cc ;o)

    Des bises

    • Jean-François Legrand dit :

      :-) ! Je sais bien que tu es un pro de la montagne, nous sommes surtout impressionnés que Jess aie réussi à te suivre ! :-) Pleins de bisous à vous deux

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